[Article] Santé mentale et bien-être des étudiants au cœur des préoccupations : l’enquête du projet STARS

Publié le lun 1 Déc 2025

Grande cause nationale 2025 portée par le gouvernement, la santé mentale est au centre des préoccupations ces dernières années. La santé mentale des jeunes, dans un contexte universitaire apparaît comme une priorité. Depuis la rentrée 2024, le projet interdisciplinaire STARS, investit cette thématique en menant une enquête sur la santé mentale et le bien-être des étudiants de l’USMB ainsi qu’une intervention visant à leur amélioration. Un article de Julien Bakchich, docteur en psychologie, post-doctorant au LIP/PC2S.

La santé et le bien-être des étudiantes et étudiants dans l’enseignement supérieur sont devenus des enjeux majeurs depuis la crise sanitaire. En effet, la population étudiante a été identifiée comme particulièrement vulnérable après la pandémie de Covid-19. Si l’on tient compte des fortes inégalités de réussite et de bien-être à l’université, la question devient d’autant plus urgente.

C’est dans cette perspective qu’est né le projet STARS (Santé et Trajectoire des AppRenants du Supérieur). Intégré à la Chaire BEST portée par la Fondation USMB, ce projet est mené dans le cadre du dispositif SHINE par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs en économie, gestion et psychologie de l’université Savoie Mont Blanc. Il associe notamment l’IREGE (Institut de Recherche en Gestion et en Économie) et le LIP/PC2S (Laboratoire InterUniversitaire de Psychologie. Personnalité, Cognition, Changement Social). S’appuyant sur cette pluridisciplinarité, le projet permet de répondre à diverses questions :

  • Le rôle du sentiment d’appartenance à l’université dans le bien-être des étudiants lors de leur arrivée
  • L’effet de la professionnalisation croissante sur le bien-être et la santé mentale des étudiants

Le saviez-vous ?En 2021, près d’un jeune sur cinq (20,8 %) âgé de 18 à 24 ans présentait des signes de dépression, contre un peu plus d’un sur dix (11,8 %) en 2017. La détresse psychologique chez les étudiants est passée de 20 % en 2016 à 22 % en 2020, puis a fortement augmenté pendant la crise sanitaire pour atteindre 34,5 % en 2021, avant de redescendre à environ 24 % en 2023-2024.

Source : par le baromètre Santé publique France ou bien encore l’Observatoire de la Vie Etudiante

Améliorer la santé mentale et le bien-être de tous 

Évaluation d’une intervention en licence

L’idée au cœur de l’intervention est simple : améliorer le bien-être à l’université en réduisant l’impact des inégalités sociales, en particulier pour les étudiants de bas statut socio-économique. Pour cela nous avons adapté une intervention courte. L’objectif ? Améliorer le sentiment d’appartenance à l’université dès la première année. 

L’arrivée à l’université représente un moment charnière qui nécessite une période d’adaptation. Les étudiants doivent non seulement s’acclimater à un nouvel environnement, mais aussi adopter de nouvelles méthodes d’apprentissage et créer une nouvelle vie sociale, souvent loin de leurs proches. C’est pourquoi nous avons choisi de cibler une population d’étudiants de première année de licence pour cette intervention.

Nous les avons exposés à de courts témoignages fictifs d’anciens étudiants, selon 2 configurations.

  1. Il est difficile de se sentir à sa place à l’Université. Toutefois, au fil du temps, grâce aux rencontres, aux échanges et aux diverses activités proposées par la communauté universitaire, ce sentiment d’intégration finit par s’installer.
  2. Il est important de s’engager dans des activités extra-scolaires pour se détacher du stress académique. Ces moments permettent de se ressourcer mentalement et de mieux gérer la pression liée aux études.

Des résultats prometteurs

Cette brève intervention joue un rôle en faveur d’une bonne santé mentale. Elle agit contre l’augmentation des symptômes d’épuisement académique, de stress, d’anxiété et de dépression, et augmente le sentiment de bien-être mental, spécifiquement chez les étudiants issus de familles avec un plus faible statut socio-économique.
Selon certaines théories sociologiques, ces étudiants seraient plus réceptifs au soutien de leurs pairs que ceux issus de milieux socio-économiques plus élevés. Ce phénomène pourrait expliquer pourquoi les étudiants de cette catégorie ont tiré davantage bénéfice de l’intervention.

Le petit +Le statut socio-économique explique à lui seul 21 % des différences de résultats en mathématiques en France, contre 15 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Cela souligne la nécessité de mieux comprendre les déterminants de la santé mentale et du bien-être des étudiants, afin de réduire ces inégalités persistantes.

Source : Enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) 2022 de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)

Professionnalisation et santé mentale : où en est-on ?

Etat des lieux pour les étudiants en route vers la professionnalisation

Depuis la rentrée universitaire 2024, le projet STARS mène une vaste enquête auprès des étudiants de Master et de BUT de l’USMB.

L’objectif ? Observer s’il existe des différences de bien-être, ou des facteurs de vulnérabilité différents selon que les étudiants soient en formation classique ou en alternance.

Le projet accorde une place particulière à la formation en alternance, un type de parcours encore peu exploré par la recherche, alors même qu’il prend une importance grandissante dans l’enseignement supérieur.

Plusieurs échelles de santé mentale sont mobilisées, adaptées au milieu universitaire et au milieu professionnel des étudiants évoluant en entreprise. Ces différentes mesures sont collectées selon un dispositif longitudinal : deux fois par an pendant deux ans. Cela permet d’examiner l’évolution de la santé mentale au fil du temps et d’analyser l’influence de la professionnalisation.

Les premiers résultats

  • Plus de 50% des étudiants considèrent que leur sommeil n’est pas assez récupérateur
  • Les femmes perçoivent un soutien plus élevé de la part de leurs proches que les hommes
  • Les hommes perçoivent un soutien hiérarchique plus élevé que les femmes
  • Les femmes éprouvent plus de difficultés que les hommes à se détacher de leurs préoccupations, ou à retrouver un état de récupération après un effort
  • Le soutien de la part des enseignants est le soutien le moins perçu mais un des plus importants pour développer certains facteurs de santé mentale

L’enquête est encore en cours, et permettra à terme d’envisager des stratégies d’intervention et de prévention.

Prochaine étape

Différence de salaire et de santé mentale entre les femmes et les hommes : quand une inégalité en engendre une autre

La dernière partie du projet STARS est en phase d’élaboration. Son objectif sera d’évaluer dans quelle mesure les inégalités salariales femme/homme en début de carrière contribuent aux inégalités de santé mentale chez les 2 genres.