Comment sensibiliser aux fragilités de la montagne sans renoncer à la faire découvrir et aimer ? À travers un cycle d’événements organisé en mars 2026, l’université Savoie Mont Blanc a choisi de multiplier les formats et les approches pour toucher différents publics : étudiants, professionnels et grand public.
Des lacs d’altitude aux glaciers, ces milieux emblématiques, qui participent à l’attrait de la montagne, sont particulièrement vulnérables face aux pressions humaines et au changement climatique. Chercheurs, artistes, professionnels de la montagne, acteurs du territoire, usagers et habitants des territoires de montagne, nous avons tous intérêt à mieux les connaître pour mieux les préserver.
Former et éveiller les consciences étudiantes
Sur le campus du Bourget-du-Lac, projections, exposition photographique, conférence-débat et ressources documentaires ont permis d’explorer les écosystèmes des lacs d’altitude.
Au fil de ces formats complémentaires — entre temps long de l’exposition et temps court d’une conférence flash — les étudiantes et les étudiants ont pu mieux comprendre le fonctionnement de ces milieux, leur biodiversité et les pressions croissantes qui les affectent, en lien avec le changement climatique.
Point d’orgue de cette séquence : une conférence animée par Marine Souchier, ingénieure d’étude au laboratoire CARRTEL, qui a réuni une cinquantaine d’étudiantes et d’étudiants dans le cadre de la Semaine Étudiante de l’Écologie et de la Solidarité.
Exposition et conférence flash sur les lacs de montagne, des écosystèmes fragiles, à la BU Bourget © USMB
Cette intervention venait clôturer l’exposition « Lacs de montagne, des écosystèmes fragiles », mettant en lumière deux projets de recherches menés sur une dizaine de lacs alpins, entre réserves naturelles de Haute-Savoie, Parc de la Vanoise, et Parc national des Écrins :
– le projet PLOUF qui s’intéresse aux usages liés aux activités récréatives et pastorales ainsi qu’à leurs impacts potentiels sur les milieux aquatiques ;
– le projet Isolake qui analyse les sources principales d’azote et de phosphore, nutriments essentiels aux écosystèmes des lacs alpins, afin de mieux comprendre le développement accru des algues, observé ces dernières années, dans certains lacs de montagne.
Co-construire les messages de sensibilisation avec les acteurs du territoire
Au-delà du monde étudiant, l’enjeu est aussi de former celles et ceux qui sont en première ligne sur le terrain. Le 27 mars, à Annecy, la 2ᵉ édition de Lac’Adémie a ainsi réuni 45 socio-professionnels de la montagne — accompagnateurs en montagne, acteurs du tourisme, animateurs nature — autour d’un objectif commun : mieux comprendre les lacs d’altitude pour mieux les préserver… et mieux en parler.
Lac’adémie à Annecy, le 27 mars 2026 © USMB
Coorganisée par le laboratoire CARRTEL et Asters-CEN74, le Conservatoire d’espaces naturels de la Haute-Savoie, cette journée a mis l’accent sur la co-construction de messages de sensibilisation, en croisant apports scientifiques et retours d’expérience. Présentations scientifiques, ateliers ludiques et mises en situation ont permis aux participants de travailler ensemble à formuler des discours adaptés aux réalités du terrain.
En ligne de mire : sensibiliser les pratiquants de la montagne aux enjeux majeurs qui pèsent sur ces milieux — biodiversité fragile, changement climatique, pressions humaines — et faire émerger des ambassadeurs capables de relayer ces messages auprès de leurs publics.
Faire ressentir pour mieux comprendre : quand les glaciers parlent au grand public
Le spectacle Melt à Eurêka Chambéry, le 20 mars 2026 @ USMB
Changer les regards passe aussi par l’émotion. C’est le pari du spectacle « Melt, à l’écoute des glaciers », proposé le 20 mars à Eurêka Chambéry, qui invitait le grand public à une immersion sensorielle au cœur de ces géants de glace.
À partir d’enregistrements réalisés sur les glaciers des Écrins et du Mont-Blanc — captés dans l’air, sous l’eau et au sein même de la glace — les artistes sonores Pali Meursault et Thomas Tilly ont composé une expérience d’écoute singulière. Sur scène, la fonte de carottes de glace devenait elle-même matière sonore, rythmant la performance goutte après goutte.
En écho à cette expérience sensible, la parole de la communauté scientifique venait éclairer les phénomènes à l’œuvre. L’évolution rapide des glaciers, marqueur visible du réchauffement climatique, interroge l’habitabilité des territoires de montagne et notre rapport à ces milieux en transformation.
Comprendre la transformation des glaciers
Philip Deline, Maître de Conférences émérite en morphodynamiques, laboratoire EDYTEM/USMB
Partout dans le monde, les glaciers sont à la peine… Si les plus petits glaciers de montagne disparaissent rapidement, les vastes inlandsis des hautes latitudes – celui du Groenland d’abord, mais désormais dans une partie de l’Antarctique également – sont affectés par les conditions climatiques actuelles. Jusqu’au milieu du 19e siècle, les glaciers sont descendus parfois bas en altitude, à l’image de la Mer de Glace dont le front atteignait le fond de la vallée de Chamonix. Depuis, malgré quelques ré-avancées de courte durée, ces glaciers se retirent toujours plus haut, en particulier à partir des années 1980.
Ce retrait glaciaire depuis la fin du Petit Âge Glaciaire témoigne du réchauffement du climat du fait de l’émission massive de gaz à effet de serre. Son emballement depuis un demi-siècle se traduit aujourd’hui par des étés souvent caniculaires que ne compensent plus des hivers moins neigeux. C’est ainsi que les glaciers des Alpes ont perdu 10 % de leur volume lors des deux années 2022 et 2023, et 5 % lors des deux suivantes !
Tandis que la modification de certains paysages de montagne a des effets sur le tourisme, le retrait voire la disparition des glaciers menacent la ressource en eau de villes et de communautés paysannes. S’il peut amener la disparition de certaines situations à risque, ce retrait glaciaire en engendre d’autres, comme les avalanches de glace depuis un front devenu raide ou dont la glace s’est réchauffée, ou la vidange de lacs ou de poches d’eau.