Explorer la littérature au-delà du livre
Anaïs Guilet est maîtresse de conférences en littérature comparée. Sa discipline repose sur la confrontation de la littérature avec autre chose : d’autres arts, médias ou discours. Elle suit les textes là où ils s’inventent : réseaux sociaux, blogs, applications, performances multimédias. Ce qui l’intéresse, ce sont les œuvres qui s’étendent au-delà du papier et se transforment au contact du numérique et de la culture populaire.
Depuis le début de sa carrière, Anaïs Guilet explore les liens entre littérature et numérique, entre textes et images. Elle s’est longtemps consacrée aux littératures numériques : fictions nées en ligne, écritures amateures, fanfictions devenues phénomènes éditoriaux, auteurs et autrices qui expérimentent avec les objets numériques. Elle analyse la manière dont la littérature migre d’un support à l’autre et se reconfigure sur les écrans. Après dix ans de recherche dans ce champ, elle se tourne aujourd’hui vers des autrices contemporaines comme Chloé Delaume ou Virginie Despentes, dont les pratiques mêlent livres, performances et présence numérique : un tournant qui lui redonne le souffle de la découverte.
Pour elle, la littérature est avant tout un outil critique indispensable pour interroger toutes les formes de discours : textes, images, médias, messages politiques ou publicitaires. Quand on apprend à décrypter un texte, on apprend aussi à lire le monde et à comprendre comment les discours influencent notre manière de penser. Dans son enseignement, Anaïs Guilet revendique de former des lectrices et lecteurs capables de distance critique, de futures citoyennes et futurs citoyens éclairés.
Être chercheuse, pour Anaïs Guilet, c’est une manière de continuer à apprendre. Quant à l’enseignement, il lui permet de partager cette passion pour les textes et les médias, d’accompagner des étudiantes et des étudiants qui découvrent qu’on peut faire métier d’interroger la littérature. Elle y met volontiers son « petit côté geek » en invitant œuvres numériques, séries, jeux ou réseaux sociaux dans la salle de cours.
Rien ne la prédestinait pourtant à devenir chercheuse. Elle ne vient pas d’une famille de professeurs ou d’enseignants-chercheurs et, enfant, ignorait même que ce métier existait. Elle a voulu être instit’, puis professeure de collège ou de lycée. La recherche ne s’impose à elle qu’au moment du master, lorsque les mémoires, les rencontres avec des enseignants remarquables et les échanges internationaux en Angleterre et au Canada, lui révèlent un autre chemin possible : un métier qui lui offre ce qu’elle aime le plus, lire, apprendre, réfléchir, tout en transmettant aux autres.
Être femme ne l’a pas empêchée de devenir universitaire, même si elle a parfois rencontré sexisme, paternalisme et « mansplaining* », nourris par des visions figées de la littérature et par une forte hiérarchie académique. Elle constate que, de manière générale, il reste beaucoup à faire pour l’égalité entre les femmes et les hommes à l’université. Mais, pour elle, la question sociale compte tout autant : en littérature, quand on sort des sentiers tracés par les grandes écoles et les concours, l’accès au métier reste difficile.
Aux jeunes, elle transmet un message simple : avoir confiance en leurs capacités.
Anaïs Guilet, c’est l’histoire d’une chercheuse qui suit la littérature partout où elle se réinvente, sur le papier, sur les écrans, dans les marges, et qui apprend à celles et ceux qu’elle forme que lire le monde, c’est déjà une manière de le comprendre et de le transformer.
En savoir plus
- * Le mansplaining désigne une situation dans laquelle un homme explique quelque chose à une femme de manière condescendante ou paternaliste, en partant du principe qu’elle ne maîtrise pas le sujet, y compris lorsqu’elle est experte dans le domaine concerné. Le terme met en lumière un rapport de pouvoir ordinaire, souvent inconscient, qui contribue à invisibiliser les compétences des femmes et à fragiliser leur légitimité dans les espaces professionnels et intellectuels.
- Anaïs Guilet est maîtresse de conférences au laboratoire Langages, Littératures, Sociétés, Études Transfrontalières et Internationales (LLSETI)