Révéler l’histoire cachée des pigments
Emilie Chalmin travaille là où la chimie rencontre les premières traces humaines.
Chercheuse en archéométrie, un mot qu’elle aime expliquer, elle étudie la physicochimie des matériaux du patrimoine. Concrètement, elle analyse les pigments retrouvés dans les sites préhistoriques : leur composition, leur origine géologique, leur usage. Elle cherche à comprendre comment nos ancêtres transformaient leurs matériaux colorants, où ils se les procuraient, comment ils percevaient et arpentaient leur environnement.
Son métier ressemble à un voyage entre le terrain, où elle collecte roches et fragments, et le laboratoire, où chaque échantillon devient une source d’informations. Emilie Chalmin fait le lien entre ce que les archéologues trouvent dans les abris ornés et ce que le paysage peut encore raconter. Elle traque les parentés, les correspondances, les ruptures, elle casse les stéréotypes trop faciles sur les sociétés du passé et tente de restituer leur intelligence matérielle.
Son chemin vers la recherche n’était pas écrit.
Elle a grandi dans un univers très culturel, nourrie de musique et d’arts, et il lui fallait une application concrète pour aimer la science. À la fin du lycée, elle découvre qu’elle peut combiner chimie et patrimoine : la révélation. Elle avance, sans se demander où cela mène, portée simplement par l’envie d’apprendre. Ce n’est qu’après sa thèse et ses postdocs qu’elle comprend que ce désir de connaissance peut devenir un métier : enseignante-chercheuse. Un métier où l’on n’arrête jamais d’apprendre, et c’est précisément ce qu’elle cherchait.
Ce qu’elle aime le plus, c’est la transmission.
Enseigner la chimie aux premières années, accompagner des mémoires de master, voir des doctorants développer leur propre regard. Elle aime ces pas de côté qu’apportent les étudiantes et étudiants, ces angles nouveaux qui déplacent ses certitudes. Et puis l’interdisciplinarité : travailler avec des géologues, des archéologues, des géomorphologues, croiser les savoirs pour mieux comprendre la matière et les sociétés qui l’ont façonnée.
Être femme dans ce domaine ne l’a jamais freinée. Elle a avancé sans se poser la question, sans attribuer ses réussites ou ses difficultés à son genre. Et pourtant, elle remarque une chose : autour d’elle, ses doctorants et stagiaires sont presque toutes des femmes. Les matières colorantes semblent davantage attirer un public féminin, signe que la science n’a rien de fermé et que chacun peut y trouver sa place.
Aux jeunes, elle transmet une conviction simple : la science n’est jamais un chemin unique.
Il faut de la curiosité, un socle solide, et l’audace d’explorer. Car, dans ce métier, dit-elle, il n’y a jamais de fin, seulement des branches nouvelles à emprunter, comme dans un grand arbre de connaissances.
Emilie Chalmin, c’est l’histoire d’une chercheuse qui fait parler les pigments pour mieux révéler les mondes enfouis.
En savoir plus
- Emilie Chalmin est maîtresse de conférences au laboratoire Environnements, Dynamiques et Territoires de la Montagne (EDYTEM)