Explorer la matière pour servir le bien commun
Jessica Levêque travaille là où la matière se révèle dans ses constituants les plus infimes. Son terrain : ATLAS, l’un des gigantesques détecteurs du Grand collisionneur de hadrons (LHC, pour Large Hadron Collider), au CERN, le plus grand laboratoire de physique des particules au monde, situé à la frontière franco-suisse.
Des milliers de scientifiques y collaborent pour comprendre comment les particules interagissent, comment elles forment la matière, comment l’Univers fonctionne à son échelle la plus fondamentale. C’est un effort collectif mondial, pensé pour produire de la connaissance et la partager.
Rien, au départ, ne destinait Jessica Levêque à l’infiniment petit. Pas d’héritage scientifique, juste une curiosité tenace. Petite, elle voulait devenir astronaute. Puis elle découvre la physique, la relativité, l’élégance des grandes théories. À l’université, elle réalise qu’il existe des communautés internationales qui construisent des instruments géants pour répondre aux questions que l’humanité se pose depuis toujours. Alors elle avance, rencontre les bonnes personnes, part aux États-Unis pour travailler sur les machines les plus puissantes du moment, et trouve enfin sa place au Laboratoire d’Annecy de Physique des Particules, à proximité du CERN.
Ce qui la passionne, au-delà de la science, c’est le collectif.
Travailler avec des équipes venues du monde entier, construire une culture scientifique commune, apprendre à coopérer malgré les langues, les distances, les disciplines. Dans son laboratoire, une simple ligne tracée au mur retrace dix ans de prototypes dessinés et mis au point par les équipes techniques, avant de trouver la bonne solution. La preuve que la recherche est un travail de patience, d’essais, d’erreurs et de persévérance collective.
Jessica Levêque porte aussi une conviction forte : la connaissance doit rester un bien public.
Le CERN, rappelle-t-elle, est né pour faire de la science un espace ouvert, non marchand, où les découvertes – comme le protocole du Web, le fameux HTTP que l’on voit au début des adresses des sites – sont offertes à toutes et tous. Cette idée de service public, de mise en commun des intelligences et des savoirs, guide profondément sa carrière.
Être femme dans ce domaine n’a pas entravé sa progression, mais elle voit les mécanismes subtils qui mènent à l’invisibilisation : ses idées, que l’on s’approprie davantage lorsqu’elles sont répétées par un collègue masculin ; la question de la disponibilité familiale, systématiquement posée aux femmes qui briguent de plus hautes responsabilités, mais jamais aux hommes. Rien qui ne l’ait freinée personnellement, mais des biais susceptibles d’en freiner d’autres, et dont il faut parler pour apprendre à les débusquer.
Aux jeunes, elle transmet une certitude : la science n’est pas réservée à quelques élus. Elle est faite pour celles et ceux qui veulent comprendre, pour celles et ceux qui croient que le savoir peut améliorer le monde.
Jessica Levêque, c’est l’histoire d’une physicienne qui explore l’infiniment petit au nom d’un idéal simple : mettre la connaissance au service de tous.
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- Jessica Levêque est directrice de recherche au Laboratoire d’Annecy de Physique des Particules (LAPP)