Écouter ce que la musique fait au corps
Sophie Donnadieu explore un territoire où l’art rencontre la science ; celui de la psychologie de la musique.
Elle cherche à comprendre ce que la musique fait à notre corps, à notre cerveau, à nos émotions, comment une mélodie apaise, comment une odeur amplifie une sensation, comment plusieurs sens dialoguent pour créer un état de bien-être ou, au contraire, d’hyperstimulation. Dans son laboratoire, on mesure des rythmes cardiaques, des réponses électrodermales, des activités cérébrales. On observe comment l’organisme réagit à une musique douce, à un parfum relaxant, à la combinaison des deux. L’objectif : apporter des preuves scientifiques à ce que le marché du bien-être promet depuis longtemps, mais sans toujours l’étayer.
Sophie Donnadieu n’a pas choisi la musique ou la psychologie : elle a choisi de les articuler.
Étudiante, elle pratique intensément la musique tout en avançant dans ses études de psychologie, sans jamais renoncer à l’un ou à l’autre. C’est en master qu’elle découvre que ces deux mondes ne sont pas incompatibles : il existe une discipline entière qui cherche à comprendre les mécanismes cérébraux et sensoriels de l’écoute musicale. La révélation est immédiate. Elle fait une thèse sur la perception du timbre musical à l’Institut de Recherche en Acoustique Musique, et ne quittera plus cette zone de rencontre entre arts et sciences.
En s’intéressant aux sensations qu’éveille la musique et aux émotions qu’elle suscite, Sophie Donnadieu s’intéresse aussi aux situations où la perception sensorielle peut être atypique, notamment chez les personnes autistes.
Elle participe à la conception et à l’étude de dispositifs expérimentaux et d’instruments dits « augmentés » : des objets équipés de capteurs qui enregistrent les gestes, les interactions et certaines réponses physiologiques. Ces outils permettent d’observer de manière fine comment une personne réagit à des stimulations sonores ou multisensorielles.
Son travail consiste à définir les protocoles d’expérimentation, analyser les données recueillies et réfléchir à la manière dont ces instruments peuvent devenir des outils d’aide à la compréhension des particularités sensorielles, voire à l’accompagnement ou au diagnostic.
Ce qu’elle aime le plus, c’est l’interdisciplinarité : collaborer avec des ingénieurs, des artistes, des pédagogues, imaginer des protocoles de recherche, explorer plusieurs modes de pensée. Et enseigner, transmettre, vulgariser. Sophie Donnadieu aime parler de ce qu’elle fait, partager, éveiller la curiosité.
Être femme, elle l’a surtout ressenti au début dans le monde de la musique : rares modèles féminins, des attentes implicites, parfois des résistances. La recherche en psychologie, plus féminisée, offre un cadre différent. A son début de carrière, le paysage était autre, une question de génération. Elle voit aujourd’hui le chemin parcouru : les mentalités évoluent, les actions se multiplient, et les jeunes arrivants vivent déjà dans un environnement plus égalitaire.
Aux jeunes, elle transmet un message simple : il faut être curieux, sensible, créatif.
Parce que la recherche, dit-elle, est bien moins rigide qu’on l’imagine : elle demande autant d’imagination qu’un art.
Sophie Donnadieu, c’est l’histoire d’une chercheuse qui écoute la musique autrement pour comprendre comment, parfois, elle nous apaise, nous stimule ou nous révèle.
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- Sophie Donnadieu est maîtresse de conférences au laboratoire de Psychologie et Neurocognition (LPNC)