Une étude internationale menée par une équipe franco-norvégienne, impliquant plusieurs chercheuses et chercheurs du laboratoire Environnements, Dynamiques et Territoires de la Montagne (EDYTEM, CNRS/USMB), apporte un éclairage inédit sur la variabilité climatique de l’Océan Indien Austral au cours des 12 000 dernières années (période Holocène).
RECONSTITUER LE CLIMAT DE L’OCÉAN INDIEN AUSTRAL : UNE APPROCHE INÉDITE
Ces travaux, publiés dans la revue scientifique Quaternary Science Reviews, montrent que les températures de l’air et de l’océan de surface autour des îles Kerguelen n’ont pas toujours évolué de manière synchrone et révèlent des alternances chaud-froid jusqu’alors inconnues, soulignant le caractère exceptionnel du réchauffement actuel à l’échelle de l’Holocène.
Si l’Océan Indien est parfois qualifié d’« océan oublié » en raison du nombre limité d’études climatiques le concernant, ces données sont encore plus rares dans l’Océan Indien Austral et pour la période de l’Holocène. Les hautes latitudes de l’hémisphère sud (comprenant les îles Kerguelen), constamment balayées par les vents d’ouest associés aux dépressions antarctiques, jouent pourtant un rôle clé dans le système climatique global. Ces vents contribuent en effet à l’isolement de l’Antarctique et influencent indirectement la circulation des masses d’eau, la répartition de la chaleur et le cycle du carbone à l’échelle planétaire.
UNE COLLABORATION INTERNATIONALE ET MULTIDISCIPLINAIRE
Pour mieux comprendre la variabilité climatique de cet Océan, l’équipe franco-norvégienne a analysé des archives naturelles complémentaires : des carottes sédimentaires lacustres du lac d’Armor et des carottes marines prélevées au large des îles Kerguelen. Ces données ont été rassemblées au sein du programme de recherche COUAC (porté par le laboratoire EDYTEM et financé via un appel à projets du CNRS) visant à produire la première reconstitution holocène conjointe des températures de l’air et de l’océan dans ce secteur. Pour cela, des disciplines aussi variées que la sédimentologie, la géochronologie, la géochimie organique et minérale, ou la reconstitution de microflores ont dû être mobilisées, au sein d’un vaste consortium.
DES RÉSULTATS CLÉS POUR COMPRENDRE LES DYNAMIQUES CLIMATIQUES PASSÉES ET ACTUELLES
La reconstitution des températures de l’air repose sur l’analyse des sédiments lacustres et a été menée dans le cadre de la thèse d’Emeline Bellet, doctorante au laboratoire EDYTEM, en collaboration étroite avec le laboratoire LGL-TPE de Lyon. Les températures de surface de l’océan ont quant à elles été affinées par les chercheurs du laboratoire EPOC de Bordeaux.
Les résultats confirment une phase particulièrement chaude au début de l’Holocène, avec des eaux à environ 8 °C contre 4 °C aujourd’hui, tandis que l’air restait inférieur aux températures actuelles. L’étude met également en évidence une phase relativement douce comprise entre 2 000 et 3 000 ans avant aujourd’hui, précédant une baisse continue et majeure des températures. Ce refroidissement n’a été interrompu que par le réchauffement actuel, dont l’intensité et les caractéristiques confirment une perturbation profonde du système climatique, imputable aux activités humaines.

L’IMPLICATION DES CHERCHEURS D’EDYTEM
Les résultats de cette étude sont largement détaillés dans la publication de la revue scientifique Quaternary Science Reviews. En tant que première auteure, Emeline Bellet, doctorante au laboratoire EDYTEM, a piloté la rédaction de la publication, avec le soutien financier de l’École doctorale Sciences, Ingénierie, Environnement (SIE) de l’USMB pour son contrat doctoral. Au sein du laboratoire EDYTEM, Fabien Arnaud coordonne le programme COUAC et Christine Piot, Jérôme Poulenard, Emmanuel Malet, Bernard Fanget et Pierre Sabatier ont contribué à ces travaux. Ensemble, ils illustrent l’engagement du laboratoire, et plus largement, de l’USMB et du CNRS, dans des recherches interdisciplinaires et internationales visant à comprendre les mécanismes climatiques passés, essentiels pour mieux appréhender les évolutions climatiques actuelles et futures.
EN SAVOIR PLUS
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- Contacts:
- Emeline Bellet, doctorante au sein du laboratoire EDYTEM
- Fabien Arnaud, directeur de recherche CNRS au sein du laboratoire EDYTEM