« Femmes de Science » : Dina Dia, maîtresse de conférences au CERDAF

Publié le mar 24 Fév 2026 bandeaux web dinadia v1(1)

Remettre de l’équilibre là où les affaires penchent

Dina Dia est enseignante-chercheuse en droit privé. Elle travaille sur le droit des relations entre personnes, celui des accords, des signatures, des échanges qui font tourner l’économie au quotidien. Son terrain, c’est le droit des contrats et le droit des affaires, là où un simple « OK » peut engager beaucoup plus qu’on ne l’imagine.

Sa question centrale a l’air évidente, jusqu’à ce qu’on la regarde de près : comment le droit peut-il rendre les relations contractuelles plus justes et plus équilibrées ? Longtemps, le droit des contrats s’est appuyé sur une idée forte, héritée de 1789 : si les parties sont libres et égales, le contrat est valable. Mais alors, comment expliquer ces contrats profondément déséquilibrés que l’on rencontre partout ? Entre professionnels et consommateurs. Entre une petite entreprise et un groupe puissant. Ou encore dans les relations entre plateformes numériques et travailleurs (chauffeurs, livreurs, etc.).

C’est à partir de ce constat que Dina Dia a choisi son sujet : montrer que l’équilibre n’est pas une notion abstraite, mais un enjeu très concret du droit contemporain. Avec un appétit particulier pour les contrats d’affaires, conclus entre professionnels, elle analyse comment le droit encadre les relations économiques et comment les juges, au fil des décisions, identifient, corrigent ou tolèrent certains déséquilibres. Son objectif : fournir aux juristes et aux magistrats des outils de réflexion plus clairs pour mieux saisir ces situations quand elles se présentent.

Ce qui l’a menée à la recherche, c’est d’abord le goût de la réflexion : prendre le temps d’analyser, de questionner ce qui paraît acquis, de mettre des mots précis sur des réalités complexes. Et puis, il y a l’envie de transmettre : produire du savoir, mais aussi le partager, auprès des étudiants comme dans les publications.

Ce qui la passionne au quotidien, c’est que le droit n’est jamais figé. Les solutions évoluent sans cesse : la Cour de cassation rend chaque année des milliers de décisions, et avec elles naissent de nouvelles questions, des nuances, parfois des revirements. Cette dynamique la ramène à une idée très socratique : « Je sais que je ne sais rien ». La recherche juridique exige de se tenir constamment à jour, et c’est justement ce qui la rend vivante.

Être une femme dans la recherche peut parfois s’accompagner d’un besoin accru de légitimité, de la sensation qu’il faut davantage faire ses preuves. Dina Dia avance avec calme et constance, portée par un environnement bienveillant et une conviction simple : sur le long terme, c’est la qualité du travail qui finit par parler.

Aux jeunes qui hésitent, elle laisse une boussole : ne pas céder à la tentation de la facilité, aujourd’hui omniprésente, notamment à travers les outils d’IA. Les raccourcis sont séduisants, mais ils se paient souvent d’un appauvrissement de la compréhension. Ils peuvent certes accompagner le travail, mais la science se construit dans l’exigence, la patience et la curiosité ; là où l’on apprend à douter, à chercher, et à faire émerger une pensée véritablement personnelle.

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